Sojip est sûrement l’une des plus grosses révélations de l’année dans le RAP Camerounais. Certainement aussi le meilleur lyriciste que l’on a pu écouter en 2017. De son groupe Helium protect à son couplet dans le remix de « Je suis pas moi boboh » de Nernos en 2015. Avec son premier titre officiel « Lettre à mon ex » sorti cette année, et tout récemment le remix du morceau « Devil no di sleep » de Jovi; on peut dire ce dernier a de la plume à revendre.

La Cameroun a connu de grands lyricistes tels que Alberto les clés, Boudor, Krotal, Valsero des punchlineurs tels que Sir Nostra, Killamel, Dareal, Teddy Doherty et bien d’autres. A peine quelques performances et ses punchlines ne laissent pas indifférents les amateurs de rap et les mélomanes. Intelligent et créatif, l’atout de Sojip est qu’il innove dans l’écriture. Alliant fun, ancrage, originalité et inspiration.

« Dès le départ, pour que ça décolle sur Youtube, il fallu que ma go me barre ». Cette phrase peut paraître simple n’est ce pas? mais lorsqu’on la place dans son contexte, elle a tout un sens. Dans cet extrait de « Devil no di sleep_rémix », Sojip fait référence à son titre « Lettre à mon ex » qui a été bien reçu par le public et qui a permis de le révéler. J’avais fait une analyse de ce morceau que vous pouvez lire ici bas.

[Clin d’oeil] _ Sojip « Lettre mon ex ». Dose d’humour et balade lyricale

 

Devil no di sleep_rémix. Receuil de Punchlines

C’est rare d’écouter des morceaux dans lesquels 60% des phrases sont des punchlines. Cela dans un texte cohérent. La plupart des rappeurs passent à côté dans ce type d’exercice. La performance de Sojip a mis la barre haut. Percutant dès le départ, son flow s’enchaîne avec un débit monotone, un ton hardcore et un style don kwata qui crache des lyrics crus truffés de punch. Aussi vrai que ça se mélange, l’égotrip de Sojip puise de son vécu plus que d’autres choses. On y retrouve des références à la vie et son quotidien.

Décryptage des punchlines 

Le tout c’est pas d’avoir le collant, la paire de fesses qui va avec

La phrase est simple et assez explicite. Porteuse de conseil. Elle met de l’humour quand on imagine une personne avec un collant qui déborde

Je rappe ce que Tupac aurait rappé s’il était né à MAMBANDA

TUPAC rappait beaucoup sa vie de ghetto. Il appellait cela la thug life. Sojip s’inscrit dans ce sillage et montre par là l’universalité du rap. Comme quoi les Thug sont partout. Meme dans le Don Kwatta

Ma vie se passe sur le wouri, tous les jours c’est pont

Ceci est un jeu de mot qui fait usage du fait que sur le fleuve wouri il y’a un pont. Il utilise une allégorie en associant une autre signification du mot « Pont », le jour entre deux dates férié.

L’échec c’est pas le gun tu peux rectifier le tir

Quand on t’accouche, tu ne know pas run, la vie c’est la course

 

Ces deux phrases portent des messages qu’on entend en fait tous les jours. Mais Sojip a donné associé aux messages des clichés différents pour justifier cela. On sait que balle du Gun(fusil) auquel il compare l’échec, ne devit jamais son chemin. C’est une façon de dire qu’il faut garder espoir même si on échoue. La vie c’est pas la course, citation désormais justifiée.

Je crois en l’agriculture, donc je vend les ways qui passent leur temps à planter

Ici on a un rapport entre agriculture et planter (au sens champêtre). Mais le « Planter » de Sojip fait référence au téléphone qui « plante ». Il est ici dans la peau d’un dealer de téléphones douteux

Je veux le beurre et l’argent du beurre, j’ai du pain sur la planche

On dit souvent je veux le beurre et l’argent du beurre. Sojip met ici un additif qui justifie le pourquoi. J’ai du pain sur la planche. Donc il doit utilisera ce beurre pour charger ledit pain.

Elle sait pas comment on fait pour buy une brouette, mais je veux lui offrir la télé, elle dit qu’elle veut 32 « pouces’ pousses

Voilà une phrase très subtile et métaphorique. La brouette est souvent considérée la petite soeur du pousse-pousse. Il emmène son discours dans un rapport avec l’écran TV de 32 pouces. C’est une hyperbole pour dire à quel point les filles sont cupides et exigeantes. Il remplace pouce par « pousse » pour mettre en évidence l’échelle entre 32 pousse-pousse et une brouette.

Draguer les gos qui sont déjà prises, c’est vrai que ça me branche

La prise est l’entrée femelle sur laquelle on branche un appareil pour l’alimenter. Sojip Joue avec le mot prise pour dire qu’il est souvent tenté de draguer les filles en relation

Je mets le troisième doigt en l’air en cas de force majeure

Encore une allégorie. Sojip ramène la signification de la force majeure au « majeur » qui est l’un des doigts de la main. Au fond le sens est vide, mais c’est l’art du jeu de mots qui l’épice.

Suis pas signé la bas, mais l’Etat me fait war pour me thoko une machine

Cette phrase fait référence à la distribution des ordinateurs promis aux étudiants depuis un an par le président. Sojip étant étudiant vit surement les contraintes imposées en termes de procédure. Mais c’est aussi un clin d’oeil au Label War Machine.

Dans l’ensemble on peut bien l’affirmer, le contenu est percutant. Un artiste avec sa propre plume. Qu’il s’agisse de la dimension egotrip ou de l’aspect littéraire proprement dit, Sojip défit les codes de la sémantique et manit les figures de style. Cette performance est à saluer. L’on remarque en plus que dans les séuences de son texte il est resté dans le sujet « Devil no de sleep ». Vu que ses clichés sont très orientés entre épreuves et tentations.

  • Quelques petits bémols au niveau de quelques rimes.
  • Le flow cadre bien avec l’émotion du texte
  • La plume est fabuleuse.

C’est le texte égotrip le plus subtil et le plus original du rap Camerounais en 2017 et peut-être même depuis 2013. D’ailleurs, il le dit dans son texte : « Mon soucis, c’est être à part. Ce n’est pas être le best. Je veux qu’on dise qu’il y a Sojip et puis il y a le reste. »

Mention TRÈS BIEN. 09,8/10

Gardez l’oeil sur SOJIP. Il le mérite amplement.

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