Dossier : « Ces chanteurs de Makossa qui ont viré vers l’Afropop »

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Le Makossa est t’il mort? C’est une question ouverte qui suscite le débat. Le penchant est généralement donné à l’affirmation OUI. La plupart des gens le pensent et a priori c’est le cas. Mais les anciennes musiques makossa traversent le temps. Toutefois il faudrait marquer une nuance et s’appuyer sur deux postulats majeurs.

On constate qu’en termes de production, le rythme n’a pas réellement survécu car aujourd’hui peu d’artistes font du makossa. Le marché est dominé par les « Mboa urban music » en particulier l’Afropop moderne (Ceci ne veut pas dire que c’est le seul type de musique qu’on consomme localement). Cela conduit forcément à une noyade des produits makossa qui sortent de nos jours. La circulation est difficile. Notons que cette vague changement musical de ne concerne pas que le Cameroun, mais l’Afrique entière, car, dans les autres pays, la musique a été renouvelée.

Les derniers artistes makossa étaient pour la plupart faibles par rapport aux anciens

Ils ont rendu la musique Camerounaise faible. Si on avait quelques artistes à l’instar de Sergeo polo ou Longue longue qui a écrit les dernières belles pages de l’histoire de ce rythme, par ailleurs, il y avait de nombreux autres qui ne faisaient pas le poids. Cette génération a conduit à ce qu’on ait un image faible de la musique Camerounaise, car jusqu’en 2007, le makossa était encore le rythme dominant. Pourtant si l’on remonte les années 90, 80 et 70, la qualité du makossa était respectable et son niveau produit était très pertinent. De Toto guillaume à petit pays et bien d’autres. Malheureusement, dans les années 2000, l’on n’a pas eu beaucoup de Sergeo polo, de Longue longue, de Nono Flavy; malgré la profusion des tubes, on n’a pas eu des artistes de carrière. Encore moins des artistes de qualité au titre des anciens.

Etat des lieux des années 2010: Les artistes qui faisaient le makossa font de l’Afropop moderne.

Il n’est pas exclu de changer de rythme ou de se renouveler musicalement. L’enjeu peut se situer à plusieurs niveaux. Besoin de toucher de nouveaux publics, envie d’explorer de nouvelles tendances. Besoin de survivre, mais encore faut t’il le faire sur de bonnes bases. Toujours est t’il que malgré les mutations certains artistes ne changent pas.

Voici une liste de ceux qui ont viré…

Maréchal Papillon : La confrontation à la confiserie.

Plus animé que chanté. Ce morceau est fait sur une beat très actuel qui sonne plutôt bien. Papillon devenu conteur et rhétoricien utilise un discours assez humoristique. « Qui raconte des contes, plus qu’un conteur conté dans le contemporain ». « Les lois ne sont pas les loisirs, sauf les plaisirs qui deviennent des désirs ».Voilà un extrait qui est plutôt incompréhensible. Pourtant à écouter l’ensemble, notamment les chœurs, ça aurait fait une belle chanson. Toutefois, l’on est loin des époques de « Amour et misère », « Cacao café » qui sont ses anciennes oeuvres. En 2013, papillon faisait « A moto sur le cargo » du makossa, mais moins pertinent que ceux cités ci haut.

Nono Flavy « Ah! garcon »

Nous avons produit l’article « NONO FLAVY: Grand écart réussi entre le Makossa et l’afro pop moderne » que vous pouvez lire ICI.  Oui, Nono Flavy l’a fait avec brio. Si on l’a connu depuis 2005 sur des titres makossa à l’instar de « Mari Cavaleur », « Amour sincère » et bien d’autres, aujourd’hui Nono flavy se ré-invente. Elle nous a d’ailleurs confié qu’en effet elle a toujours considéré ce qu’elle fait comme de l’Afropop.  Notons qu’ici, elle ne chante pas dans un style rn’b mais dans un style makossa. En écoutant ce single, on peut dire qu’elle donne une leçon de chant au jeunes chanteuses d’aujourd’hui.

Sam Fan Thomas « che gwon laa »

Légende de la musique Camerounaise, Sam fan Thomas fait bouger la musique Africaine avec des classiques tels « African typic collection », »Emotion » et bien d’autres. En 2016, il revient avec le single « Che gwon laa » produite par Torpedo records. Un morceau mélange d’Afro beat, Techno,et pop. J’ai eu l’occasion de discuter avec lui durant la fabrication de ce produit en studio. Dans l’entretien, il explique que pour lui, c’est une envie de toucher d’autres univers qui l’anime. Sam fan thomas confie qu’il a d’ailleurs considéré ce qu’il fait comme de l’Afro pop, que ce soit du makassi ou du makossa. Dans cette chanson, on peut apprécier la pertinence et l’originalité qui ont été gardé par l’artiste producteur (notamment le style makassi). Chanté en sa langue avec un peu d’anglais, c’est une belle production, surtout pour son coté sensationnel. Je vous recommande d’ailleurs l’écoute.

Mathematik de pays : Serenade

C’est un beat Afropop moderne avec un rythme Bendskin que Mathématik chante son titre « Serenade ». Ayant gardé les techniques de chant du makossa, on peut dire qu’il s’applique et s’adapte plutôt bien entre vibes et animations, le produit est appréciable. Mais, visiblement son public a du mal à accepter la migration. Mathématik depuis 2007 fait partie de la dernière jeune génération du makossa. Durant la conférence de presse de présentation de ce single, il avouait qu’il y’a une contrainte de s’adapter la nouvelle coloration de la musique pour réussir à challenger.

Beko Sadey « Le son qui bole »

Si vous recherchez Beko sadey sur google, les premières références que vous aurez ne sont pas « la mater qui rappe ». Mais , plutôt, vous aurez des titres tels que « Réfugiés », « Michael » ou encore « Ventre affamé n’a point d’oreilles ». De grands succès du Makossa au début des années 90. Du lourd, oui! Ils nous ont bercés. Peu de gens arrivent à expliquer ce qui a poussé Beko sadey au déclic. La surprise c’était en 2013 quand elle est a sorti le titre « La mater rap ». On ne comprend pas ce saut énorme, envie de s’affirmer ? de s’update? A priori, ce fut un échec pour son image. Néanmoins, depuis lors, elle a continué à explorer les couleurs de l’Afropop et l’Afrotrap en sortant plusieurs titres. Le dernier en date est sorti en 2016, « Le son qui bole », un Afropop-trap avec en font le rythme Tchamassi. Meme si c’est youth, il faut avouer que techniquement elle assure, le vocal, les chœurs et la musique sont appréciables. Ce qui coince, c’est l’association du morceau au personnage.

Conclusion : Le makossa n’est plus le rythme de l’heure mais…

 …le makossa peut servir de repère et de sources.

Au delà d’interroger les choix de ces migrations. On peut constater que l’adaptation de ces artistes contient quand-meme de la pertinence et une certaine différence. Même si ce pas aussi en  rigoureux que la makossa en termes de création, on peut remarquer que la fait d’avoir surfé sur ce rythme légendaire leur donnent un plus. Les voix n’ont pas de faux effets (Comme chez les chanteurs d’aujourd’hui) , la performance vocale est appréciable, les techniques de chant sont bonnes. Les chœurs en particulier qui sont bien réussis dans chacune des ces chansons. Il y’a de la justesse, mais surtout un style de chant plus camerounais que simplement afropop . Oui! Lorsqu’on les écoute chanter, on sent du Camerounais dans la tonalité, ce qui d’une certaine touche différencie des chants homogènes qu’on a dans l’afropop.

Alors je pense que :

  • Le makossa a du mal circuler aujourd’hui, c’est normal, il eut son époque.
  • On peut toujours faire du makossa mais on ne doit pas s’attendre à toucher tout le monde.
  • Se renouveler en tant qu’artiste n’est pas une mauvaise chose en soi. Ces artistes n’ont pas fait un mauvais choix.
  • Les chanteurs de makossa devraient collaborer avec les nouveaux chanteurs Afropop. Leurs atouts seraient une force pour ceux ci et vice-versa. Imaginez Beko sadey sur un refrain de Salatiel, Mr léo ou Tenor. Imaginez Mathématik et Locko chantant ensemble. Croyez-le, ce sera du bon si la direction artistique est réussie.

Qui sait?  A bien chercher l’on pourrait revenir au rythme makossa, sous une forme moderne mais plus proche de l’originel. La musique c’est un peu comme la friperie, le secret de c’est de fouiller.  Il y’a des secrets dans le fond du ballot, il faut savoir les ressortir et les agencer.

 

 

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