HIP HOP 237 : Quel impact citoyen ?

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Hip hop 237-Quel impact Citoyen?

2012-2017 : une période faste de 5 ans, qui n’a cessé d’amplifier le come-back de la musique 237 sur la sphère des musiques urbaines africaines… eh oui, on peut se trémousser désormais sur les dance-floors du monte lors des sessions de mix afro et crier dans l’oreille de son voisin avec fierté « ça vient du Camer » (big up DJ Masta 1er).  Hier, les Camer étaient salués pour le talent de ses footballeurs Roger Milla, Patrick Mboma, Samuel Eto’o… Aujourd’hui, nous sommes enviés pour les belles mélodies du X Maleya, de Mr Leo, Locko, Franko, Dynastie le Tigre, Mins’k, Maahlox , Stanley Enow, Jovi , Reniss et j’en passe.

Pendant ce temps au Cameroun, force est de constater que ces jeunes d’un talent inné ne sont plus « n’importe qui ». Désormais les mecs vivent de leur arts et font vivre les membres de leurs équipes… Oui, let me say it again : Les artistes urbains camerounais vivent de leur art ! Oh Oui, ça fait plaisir. Un coup d’œil dans le rétroviseur temporel et je me revois, cette matinée d’Août 2006 où j’ai parcouru des kilomètres à pied, du Camp Sonel d’Essos à Mendong, aux côtés de mon compère de l’époque, artiste à la quête d’une reconnaissance de son immense talent. Nous étions allés négocier pour une place sur le plateau open du légendaire festival « couleurs urbaines » de Hans Mbong. Arrivés esseulés, mon ami me lança : « un jour, tu verras, on paiera des millions pour que je preste…oui », Maahlox, tu avais vu juste.

Prolongement par continuité : le flashback se poursuit. Je me revois dans tous ces studios de fortune que j’écumais jadis dans les bas-fonds du quartier, à accompagner ces artistes ô combien talentueux, mais affamés. Je me revois à Bonass photocopier des affichettes de spectacles sur des papiers A4, faute de moyens pour aller à l’imprimerie. Je me revois coller des jaquettes de fortune et écrire au marqueur sur les CDs à insérer. Je me vois scier et clouer des scènes de fortune pour des spectacles de rue. Je me vois assister au montage de vidéos amateurs et passer toute la nuit au cyber pour upload une vidéo sur youtube… je me vois apprenti-sérigraphe sur des t-shirts trouvés dans la friperie de Mokolo. Le temps a changé… désormais, les gars sont super bien fringués, habillés par des créateurs locaux, ont des équipes de management de leurs carrières, prestent sur des scènes de choix à travers le monde, sont des égéries de marques internationales… faut pas se mentir : ça donne !

Mais au delà de tout ça, je ne puis m’empêcher de m’interroger sur l’impact de ce succès, au delà des couloirs directs autour d’eux. Quel est la force de l’ébranlement de leur rayonnement sur le quotidien camerounais ? Au-delà des tendances verbales lancées, par-dessus la vague déferlante des concepts streetwear, après la consécration des vidéomakers au panthéon de l’art visuel 237 et l’agrégation des beatmakers en émérites stratèges en dompteurs de nos émotions…que reste-t-il ?

Je vois déjà beaucoup se lever et s’indigner… Oui, je sais, l’artiste a pour rôle de créer… Mais le pavé que je jette dans la marre va au delà des artistes et interpelle le game en général. Beaucoup ont crié sur Valsero, ont catégorisé Sultan Oshimin et Cie… mais qu’en est-il des autres ? (Big Up à Salatiel et Dr Nkeng pour le concept de clip « Toi et moi »)…

Alors, que propose-je ? Eh ben, je fais un rêve…

Je fais un rêve où des artistes urbains s’investir dans des synergies destinées à passer des messages de leadership, au dela de leurs featuring époustouflants surfant sur les tendances éphémères… oui, les artistes, nous avons besoin des tendances citoyennes.

Je fais un rêve où les vidéos makers nous feront découvrir les coins paradisiaques dont regorge notre pays au travers de leurs plans… Oui, le hip Hop 237 au service du tourisme local.

Je fais un rêve où les artistes de Hip Hop 237 lanceront véritablement l’industrie des produits dérivés au Cameroun… Oui, je sais, il y’a des problèmes de distribution et il est difficile de les régler…mais pas impossible. Des intelligences locales, il y’en a…il faut les dénicher et les associer au big picture.

Je fais un rêve où chaque amoureux du Hip hop Camer comme moi prendra le temps d’un somme pour rêver eux aussi, à partir de leurs prismes, à l’impact du mouvement sur le pays.

Maintenant, je me permets de m’adresser directement à vous, les acteurs majeurs du Hip Hop Camerounais :

Il est grand temps que vous comprenez qu’à vos pieds se trouve un fan base qui est la fondation même de votre succès, qui a fait de vous des rois et qui peut vous défaire en quelques semaines. Cette fan base a des rêves concrets, réels, des aspirations palpables qui vont au-delà du sentiment d’évasion que leur offrent les heures d’écoute de de vos hits depuis leurs téléphones portables ou les partages de vos vidéos sur whatsapp. Elle ne croit presque plus aux politiques, mais a fait de vous les pygmalions de leur quotidien. Vous avez choisi d’être sur la scène, vous ne pouvez donc pas prendre seulement leurs cris de joies et rejeter leurs cris de douleurs. Vous ne pouvez pas embrasser leurs acclamations et rejeter leurs larmes. Vous êtes des stars…nos stars, pour le meilleur et le pire.

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