New comer dans le rap Camerounais, c’est sur l’encadrement de Dj pazzo, le beatmaker de Magasco et Chinois priorio du label Blueberry que Kikoh se fait produire. Je ne vais pas revenir sur son parcours mais je l’ai découvert en 2013 sur le scène du Douala Hip Hop festival, depuis lors, il a fait un énorme progrès. Allons analyser son single Mukum

1. la musique

C’est sur un prod Afro beat que Kikoh donne sa performance. La particularité de cette musique c’est tout d’abord sa cadence dansante, mais aussi son coté traditionnelle fortement ressorti. Dj pazzo s’est inspiré rythmes grassfields. L’ossature est portée les sons d’instruments traditionnels comme la tam-tam, la sanza. Il l’associe à des drums lourds qui complètent la danse,  puis offre une couleur Afro pop avec des sons virtuels. Il joue aussi sur le rythme en créant un entrainement fort puis une cassure momentané et parfois des pauses. Le beat est spacieux et a un coté hardcore qu’il ressort ce qui permet de glisser plusieurs types de vibes (griotique, rap, Afropop style…).  Le produit allie donc modernité, ancrage et originalité en meme temps.

2. la performance du rappeur

Lorsqu’on écoute un bon rappeur ou chanteur sur une musique, les 15 premieres secondes laissent dire s’il est bon ou non. C’est le cas du flow de kikoh, son entrée sur le beat est marquante, technique et la suite entraînante. Une mesure, une pause et ensuite il enchaîne son flow. Marquant avant tout par son ton qui est totalement Africain, il s’exprime en faisant une balade de vibes lâchées, il rappe en s’amusant et en s’appliquant, plaçant des techniques bien affinés sur le kick. Meme si la plupart de ses rimes sont plates, il utilise des assonances pour maintenir l’oreille en captivité.  De la chaleur et de l’énergie dans sa performance, une partie frappante est cette entrée de son deuxième couplet avec ce jeu de « A-A-A » (Brakata , Madjanga, kakaka, papapa)

On écoute du Rap avec ses techniques authentiques, mais en meme temps du folklore qui  qui transmet l’originalité.

3. L’arrangement et les animations.

Le studio est le lieu de fabrication du son. Ce qui fait la beauté du produit de kikoh, ce n’est pas juste son rap, mais aussi les arrangements et les animations faites dans le son. On les entend en arrière sur le refrain « Oh mukum oh mukum » avec une voix bass faite en choeurs dans un style Afrikaans. Pareil pour les backs que kikoh lorsqu’il chantonne à certaines partie du morceau.

L’arrangement quant à lui est réussi. Que ce soit termes de structure, de mix ou de mastering, le son est spacieux et on peut écouter individuellement chaque part qui le constitue. De plus le produit final est de qualité, aucun son dissonant, Je l’ai testé moi sur mes appareils.

4. Le registre « Le kwatta style »

Contextualiser le rap est un exercice auxquels se donnent désormais les  artistes du continent. Aussi vrai qu’il était autrefois difficile de faire un rap égotrip sur une prod Afro fusion désormais c’est le cas. C’est d’ailleurs le cas avec Kikoh qui se présente comme le « Mukum »( le chef), qui est une expression en langue grassgield du nord-ouest Cameroun. Ici, il fait l’usage des referents locaux  et du kwatta style qu’il allie aux codes de l’égotrip. Kikoh se présente comme celui qu’on considère comme celui qui travaille pour qu’on le respecte. Son coté camerounais place aussi une valeur ajoutée grace au  pidgin, ses mots sont vraiment du « terre terre » mais chaque mot est bien exploité. Il exploite aussi des gimmick tels que « Tumbuboss kalaba », »Ma mami eh ma mami ».Kikoh mukum

5. La vidéo

C’est l’une des réalisations les plus originales qu’on aura vu ces dernières années au Cameroun. Inspirée et créative, c’est dans la profondeur du morceau que les images nous emmènent. Description d’un univers imaginatif associé au réel. Entre les designs contours sur les personnages réels, la representation du monstre du Dr frank Enstein, les « joujous »  et les danses traditionnelles , le décor et les mises en scènes sont réussis. Au delà d’être un simple clip c’est une oeuvre d’art qui prolonge le produit audio. Le réalisateur a fait preuve de beaucoup d’imagination . Le clip est signé HD WORK FILMS, directed by GERALDRICO GUEVARA, un nouveau nom dans le milieu.

Par ces 05 points, on a pu percevoir les éléments rentrants dans la production d’une oeuvre professionnelle de bon standard. Aussi vrai que le registre est celui des musiques Afro urbaines modernes, on peut dire que le produit « Mukum » est exemplairement soigné.  De niveau, de qualité, original et bien présenté, il faut noter que ce résultat passe par plusieurs implications de la direction artistique musicale à la direction artistique visuelle. Cela montre que le label Blue berry est vraiment dans une logique de dévelloppement.

L’on ne manquera pas de noter que cette façon de présenter le Rap Africain est déjà très développé dans les pays de l’Afrique de l’ouest tels que le Nigeria et le Ghana. Au Cameroun, la donne a été menée par  JOVI, qui au delà d’un simple kwatta style lyrical et tonnant, présentait aussi l’identité et l’ancrage par la musique. Innovant dans le son, dans la forme, dans le code et dans l’image du produit. Tel est la voix de ces oeuvres.

En attendant la suite pour KIKOH, il faut dire que son entrée est fracassante et montre qu’il a de la substance et un bon suivi. Son équipe devrait par contre se bouger pour sa promotion qui jusqu’à présent n’est pas assez consistante. Pour l’instant, je vous le recommande que vous soyez mélomane ou artiste. C’est l’exemple d’un bon produit !

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